Friedrich Nietzsche

L'État , c'est ainsi que s'appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement, et le mensonge que voici sort de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le peuple. »

Maxime Gorki

Le mensonge est la religion des esclaves et des patrons

vendredi 27 février 2009

jeudi 26 février 2009

Le Mauvais Siècle 12 ;
Iossif Vassirionovitch Djougashvili




Le gigantesque marché russe devait être converti en marché captif et en colonie technique destinée à être exploitée par une poignée d’États-uniens et les corporations sous leur contrôle.

— Antony C. Sutton
Wall Street and the Bolchevik Revolution, 1974


-I-
Bakou



Histoire pré industrielle

Les premiers écrits évoquant Bakou datent de six cent ans avant J-C. Le petit port a longtemps appartenu aux empires perses. La ville s’est transformée en forteresse au moyen-âge et a su résister durant des centaines d’années aux tentatives de capture, jusqu’à ce que le Shah d’Iran Abbas Premier ne la réduise en poussière en 1604. Pierre Le Grand l’annexe à l’empire Russe en 1723, après un très long siège. La petite cité caspienne change ensuite de main quelques fois. Son importance stratégique est à l’époque principalement due à sa situation de port sur la Mer Caspienne, planté en plein centre de la frontière naturelle des montagnes du Caucase, assise entre deux univers, l’Europe à l’Ouest et l’Asie à l’Est.




Pétrole


On ramassait le pétrole à la main, à Bakou, depuis l’antiquité. On s’en servait pour s’éclairer. Les historiens arabes du neuvième, dixième et treizième siècles relatent déjà l’importance de cette ressource dans la région. Marco Polo en parle dans ses récits de voyages. Le voyageur allemand Adam Oleari décrit en 1636 une trentaine de puits de pétrole qui giclent avec une grande puissance. En 1683, on exporte la production dans des outres chargées sur des chameaux et par navire jusqu’au Dagestan.

Les toutes premières plate-formes pétrolières du monde sont mises en place à Bibi-Heybat, près de Bakou, en 1803, plus de cinquante ans avant les débuts pétroliers du Colonel Drake en Pennsylvanie. C’est à Bakou que Nikolay Voskoboynikov invente la raffinerie, en 1834, pour extraire le kérosène de l’huile blanche et de l’huile noire.

Mais c’est le succès du développement industriel de l’exploitation du kérosène sur la scène internationale qui a donné l’idée au Tsar réformiste Alexandre II de convier les frères Nobel à Bakou en 1873. Ceux-ci impliquent les Rothschild de France dans leurs projets et la région se transforme à une vitesse fulgurante en royaume de l’or noir. Le premier tanker et le premier pipeline des Nobel sont en fonction dès 1877 et le chemin de fer des Rothschild est en bonne voie d’être complété (Krasnovodsk, Bokhara, Batumi, Bakou).



Alexandre II avait émancipé les serfs de Russie et préparait l’instauration d’une assemblée responsable (la Douma). Il échappe à quatre tentatives d’assassinat entre 1879 et 1881, pour finalement succomber sous les bombes de trois « révolutionnaires » le 13 mars 1881.


Pogroms

C’est à cette époque que débute la première vague de pogroms contre la population juive de Russie. On attribue souvent cette flambée de violence anti-sémite au fait qu’un des assassins du Tsar ait été juif. C’est là une de ces pures absurdités dont l’histoire officielle aime bien nous gaver. Il est de notoriété que ces pogroms aient bénéficié du support de la police secrète du Tsar, l’Okhrana. La quasi-totalité des pogroms ont lieu dans le Sud de la Russie, en général près des installations appartenant à la famille Rothschild, notamment le long de leur chemin de fer. Par un pur hasard dont l’histoire officielle ne saurait s’embarrasser, le concurrent direct des Nobel et Rothschild s’avère être la Standard Oil, créée et contrôlée par John D. Rockefeller, qui fondera les principaux instituts eugénistes quelques années plus tard (La Société pour l’Hygiène Raciale de Berlin et le Cold Spring Harbor à New York, dès 1904).




Succès foudroyant

Dès 1886 le pétrole de Bakou dessert Londres grâce à une invention des Nobel, le tanker, via Batum. En 1893, un monopole est formé, réunissant tous les pétroliers de Russie sous un même chapiteau, l’Union des Producteurs de Kérosène de Bakou, dirigée par les Nobel. En 1898, les Rothschild opèrent une flotte de tankers sur la Mer Caspienne. En 1899, la seule ville de Bakou est la première source de pétrole mondiale et livre 11,5 millions de tonnes, deux millions de plus que la production entière des États-unis. En 1903, Bakou produit à elle seule la moitié du pétrole mondial. En 1907, le pipeline Bakou-Batoum est complété par les Rothschild.

La capitale caucasienne est également devenue le nid des révolutionnaires de Russie. C’est là qu’opère une presse révolutionnaire secrète surnommée « la Nina », qui imprime le journal Iskra de Lénine, dont les plaques sont infiltrées par le réseau de distribution des pétrolières. 1 L'agitation atteint son comble en 1904 et 1905. Un des principaux leaders des insurgés est le prêtre Georges Gapon, un agent double de l'Okhrana. Il mène ses protestataires dans une manifestation piège devant le Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg, où la garde du Tsar ouvre le feu, faisant plus de cent morts. Après quelques voyages sympas en Europe, il retourne en Russie travailler pour la police du Tsar. C'est en tentant de recruter d'autres camarades pour le compte des poulets que Gapon rencontre le mauvais bout d'une corde.

Les protestations de la population mènent le Tsar à publier un manifeste promettant liberté de parole et parlementarisme. Les esprits se calment un peu partout, mais pas dans le Sud. La ligne de chemin de fer trans-baikal est saisie par des grévistes. Les installations de Bakou sont sévèrement endommagées au cours de manifestations violentes. Le chemin de fer trans-sibérien est également paralysé par les insurgés. Le Tsar finit par solutionner la crise en bombardant les quartiers populaires à l'artillerie. Un an plus tard, à bout de patience, le Tsar abolit déjà l'assemblée et lance une campagne de procès à ciel ouvert suivis de pendaisons des meneurs ouvriers.

En 1905 ont lieu les pires pogroms contre les juifs, souvent près des fiefs où œuvrent les Rothschild ou des industries qui leurs sont liées. Les émeutes, révoltes et massacres font 2000 morts et d'innombrables blessés chez les juifs. De 1905 à 1907 la Russie est le théâtre de nombreux assassinats, attentats terroristes et sabotages, toujours pilotés par l'Okhrana, dont on arrive à se demander parfois pour qui elle travaille.


Le Départ des Rothschild

Les Rothschild, au sommet de leur gloire de pétroliers, jettent pourtant l’éponge et vendent leurs parts à Royal Dutch Shell à l’orée de la première guerre mondiale. Les Nobel, eux, résistent. Les fils de l’inventeur de la dynamite sont chassés de Russie par la commune bolchevik spontanée de 1917 et fuient le Caucase à pied, déguisés en paysans. Ils se réfugient à Paris où, sans le sou et désespérés, ils vendent leur empire à rabais à… la Standard New Jersey de Rockefeller.





Révolution

Au cours de la révolution Russe, la région fait l’objet d’une véritable bagarre de hyènes, alors qu’un détachement britannique occupe la ville, que les troupes turques de l’Ottoman Mursal Pasha s’approchent par l’Ouest après avoir pratiquement conquis tout le Caucase, que les Bolcheviks tiennent à leur joyau énergétique, que la ville elle-même s’est déclarée république libertaire, que les armées Blanches (réactionnaires tsaristes) et Vertes (bolcheviks trahis et paysans révoltés) rôdent encore dans la région et que les ethnies locales (Arméniens, Azéris, Cosaques, Georgiens, Russes) sont sur le point de s’entre-égorger. C’est presque à n’y rien comprendre !


En juin 1918, Moscou avait envoyé à Bakou un commissaire bolchevik du nom de Stepan Shahumian accompagné de quelques troupes, en charge de prendre le contrôle de la ville. Cependant, les effectifs demandés par Shahumian sont retenus à Tsaritsyne par ordre de Staline. C’est également par ordre de Staline que le grain récolté dans le Nord du Caucase pour nourrir les affamés de Bakou assiégée est détourné vers Tsaritsyn. Shahumian proteste auprès de Lénine et du Comité Militaire et martèle que Staline refuse de les aider. À cours de nourriture et d’hommes pour le défendre, le soviet de Bakou est livré aux envahisseurs.2


En juillet, un coup d’état mené par le Tsariste Dokuchaïev et l’Arménien Avetisov remplace donc le Soviet de Bakou par la Dictature Centro-Caspienne. La flotte Russe prête allégeance aux nouveaux maîtres et empêche la retraite des Bolcheviks par la mer. Cependant, le 30 juillet, l’armée de l’Islam de Mursal Pasha atteint les premières défenses de Bakou et commence à s’assembler pour la bataille. En même temps, les Britanniques de Dunsterville, étonnamment accueillis par Dokuchaïev et Avetisov, viennent s’installer à Bakou par la mer. Quelques escarmouches ne permettent pas aux forces ottomanes de s’emparer de la ville.



Dunsterville fait dans son journal le récit d’atrocités commises par les Arméniens contre les musulmans de la région dont dix mille sont assassinés. L’armée de l’Islam lance une offensive impitoyable le 13 septembre et les Russes Blancs, les Arméniens et les Britanniques évacuent la ville pour se replier sur Anzali. Les généraux de l’armée Ottomane laissent pendant deux jours la ville aux mains des troupes irrégulières Azéries qui se livrent à des massacres inouïs contre la population arménienne de la cité, faisant 20 000 morts, un quart de la population.

Les forces germano-turques ont à peine le temps de célébrer leur victoire à Bakou que l’armistice est signée. Les Anglais réintègrent la cité le 16 novembre et remettent en place le gouvernement de la Dictature Centro-Caspienne.





1920

Les Bolcheviks capturent Bakou en avril 1920 et nationalisent les champs pétrolifères, juste quelques instants, le temps de se retourner et de les offrir en mars 1921 à la Standard des Rockefeller, à Averell Harriman, proche de Morgan et concurrent ferroviaire historique des Rothschild et à Royal Dutch Shell. Un certain Leonid Krasin, banquier bolchevik, anciennement de la multinationale allemande Siemens et ex-planificateur financier du Tsar, émerge en tant que Commissaire au commerce extérieur et au transport du gouvernement soviétique. Il invite ses potes du 120 Broadway à se servir. Le fin négociateur ajoute même les immenses champs de Grozny en guise de su-sucre. C’est l'Anglo-Soviet Trade agreement. La Royal Dutch Shell reprend le contrôle de l’empire des Rothschild en Russie.

En 1924, les « concurrents » Standard New Jersey et Royal Dutch Shell fondent une entreprise commune pour exploiter le pétrole… soviétique.

Bizarrement, Henri Deterding, le pdg de Royal Dutch Shell, marrie la princesse russe Lydia Pavlova, une anti-communiste féroce, et tente de convaincre John D. Rockefeller Jr de sortir Standard New Jersey de la Russie. « Le système soviétique meurtrier ne pourrait pas se maintenir sans le support de vos compagnies ». Lydia Pavlova avait été auparavant la maîtresse du sympathique pétrolier arménien Calouste Gulbenkian.3






Seconde guerre

L’obsession d’Hitler, c’est le pétrole. Il considère qu'il s'agit de la principale ressource de l’ère industrielle et une garantie de puissance économique. Speer déclare à Nuremberg que « le principal motif d’invasion de la Russie était le pétrole ». Avant son suicide, Hitler donne des ordres pour que sa dépouille et celle de son amante soient imbibées de gasoil et incendiées. Dès le départ de la campagne de Russie, le principal objectif allemand est la capture de Bakou. 4

Hitler calcule que le nombre de soldats qu’il prévoit perdre durant la campagne de Russie se compare avantageusement au nombre de travailleurs retenus par la production de pétrole synthétique et donc, juge que le jeu en vaut la chandelle. Juste avant le commencement de l’opération Barbarossa, un communiste allemand dévoué traverse la ligne de front pour aller prévenir les Russes de l’invasion imminente. Staline le fait exécuter.

Le plan Allemand est de se diriger en masse sur la Crimée et le Caucase, pour couper la Russie de sa capacité de bouger. Mais étrangement, de manière inexplicable, Hitler finit par changer d’idée, pour ordonner à son armée de foncer partout, Léningrad, Moscou, Stalingrad, tout en même temps ! Les incroyables divisions allemandes parviennent quand même à assiéger Moscou, Léningrad et Stalingrad (l’ancienne Starytsine), mais c’est la famine de carburant qui les stoppe à quelques kilomètres de tous leurs objectifs au début de l’hiver 1941. Le Quartier-maître Général déclare qu’il a atteint la fin de ses ressources, le 27 novembre. En voilà, une débilité, dans un domaine où on planifie les ressources des opérations des années d’avance. Pfft ! Plus de gazoil, on bouge plus… Les Allemands auraient, selon l’histoire officielle, mal calculé les distances qu’auraient à parcourir leurs armées pour se rendre à Bakou. Uhm. Des débutants. Des amateurs !



En 1942, la Wermarcht remet ça. Hitler est bien décidé à foncer sur Bakou en tout premier lieu. On a même formé une division d’ingénieurs de 15 000 hommes qui devront remettre sur pied la production pétrolière Russe, une fois Grozny et Bakou conquises. Comme d’habitude, le plan est d’une efficacité inouie. En juillet, les Nazis avancent de 500 kilomètres, détruisent 5000 blindés et 6000 canons, font rien de moins que 600 000 prisonniers, tiennent Rostov et coupent le pipeline reliant le Caucase à la Russie. Le 9 août, ils parviennent à Maikop, petit centre pétrolier, valant un dixième de la production de Bakou. À la mi-août, les Allemands sont au mont Elbrouz, à 150 km de Grozny et de Batoum, et à moins de 600 kilomètres de Bakou. Pendant ce temps, une autre armée, celle de Von Paulus, est entrée à Stalingrad, écrabouillant les défenses extérieures et s’emparant des aérodromes. Tout va bien pour les nazis, la paix hitlérienne est en vue sur le front Est ! Soudain… Le truc improbable…

Télégramme du général Von Kleizt : « Devant moi, plus d’ennemi, derrière moi, plus de ravitaillement ». Il avait la moitié des réserves pétrolières mondiales à sa merci. 5 À très court terme, sa victoire dans le Caucase aurait signifié la fin de la seconde guerre mondiale.


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Sources :


1, 3 The Prize, Daniel Yergin
2 http://pandapedia.com/wiki/Battle_of_Baku
4, 5 Le Véritable Procès Eichmann, Paul Rassinier

Paul Carell, Hitler moves East, 1965
Wall Street and the Bolchevik revolution, Antony Sutton
Wall Street and FDR, Antony Sutton
Staline agent du Tsar, Roman Brackman
The Unauthorized biography of George Bush, Webster Tarpley
Tragedy and Hope, Carroll Quigley
Azerbaijan’s Oil History, Mir Yusif Mir-Babayev
http://www.azer.com/aiweb/categories/magazine/ai102_folder/102_articles/102_oil_chronology.html

Pour ceux qui n'auraient pas encore commencé à comprendre

lundi 23 février 2009

Le Mauvais Siècle 11
Armand Hammer



Son père, médecin juif d’origine russe émigré aux États-Unis, était un leader du Socialist Labor Party of America (parti socialiste des travailleurs des États-unis). Le petit Armand fait fortune durant la prohibition en vendant un « médicament » contenant de l’alcool.

En 1921, Armand Hammer part en Russie, sous le couvert d’une mission humanitaire, avec l’intention de récupérer une petite fortune que les Soviétiques doivent à la pharmaceutique familiale. Les connexions de son papa lui permettent de rencontrer Lénine, en pleine phase de NEP. Lénine donne sa bénédiction à Hammer, qu’il surnomme « le petit sentier menant au monde des affaires états-unien. » Hammer obtient dès lors une concession d’amiante bidon (servant à blanchir de l’argent), un business d’importation de blé, une agence de camions Ford, le monopole national des crayons de plomb et des concessions de fourrure en Sibérie. On lui permet également de piller les musées russes de leurs tableaux précieux. Le chef du FBI, Jay Edgar Hoover, écrit sur son dossier au FBI : « un tas de pourris » (a rotten bunch). Il reste toute sa vie proche du pouvoir soviétique. Il est ami de Nikita Khrushtchev et sert d’intermédiaire entre cinq leaders soviétiques et leurs vis-à-vis états-uniens, jusqu’à Michaïl Gorbatchev.

En 1956, il achète une petite pétrolière ruinée, la Occidental Oil. Armé de ses nombreux contacts politiques et financiers il transforme vite son entreprise en géant tentaculaire. Occidental connaît une croissance miraculeuse, montrant des ventes de 700 millions de dollars dès 1966. C’est cette année-là qu’il décroche le gros-lot avec une concession en Libye, qui s’avérera un des plus grands gisements d’or noir du monde, évalué à trois milliards de barils. La pétrolière reste en place après le coup d’état de Khadafi, le premier septembre 1969.



Malgré ses évidentes sympathies pour les élites de l’Union Soviétique, Hammer est resté toute sa vie un fervent membre du parti Républicain. Il a été un des grands supporteurs de Richard Nixon. Condamné pour des contributions électorales illégales à ce dernier, il est éventuellement gratifié du pardon présidentiel de George H.W. Bush. Il est également parmi les proches souteneurs de Al Gore, dont le père, Al Gore Sr., comptait parmi ses associés. Al Gore Sr., le papa du grand leader écolo, a fait sa fortune et son influence en tant que président de la division du charbon chez Occidental Petroleum. Au cours de la campagne de Bill Clinton, Ray Irani, pdg d'Occidental Petroleum, soutient le Comité National Démocrate à la hauteur de 470 000 $, en plus d'offrir directement 35, 550 $ à Al Gore lui-même. En 1995, il est invité à passer la nuit à la Maison Blanche, dans la chambre à coucher de Lincoln. Puis, Al Gore s'arrange pour que la réserve pétrolière fédérale de Elk Hills soit cédée à Occidental.

Hammer se vante à la fin de sa vie d’être le seul humain de l’Histoire à avoir été l’ami de Vladimir Lénine et Ronald Reagan.




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Sources

* Staline agent du Tsar, Roman Brackman
* Dossier: The Secret History of Armand Hammer, Edward Jay Epstein
* Hammer, Armand Hammer
* Wikipedia
* The Prize, Daniel Yergin
* http://www.theforbiddenknowledge.com/hardtruth/armand_hammer.htm

Petit Manuel du Filoutage — en construction
(edit_3)

1- Une Rothschilade
En l'honneur de Mayer Rothschild, qui finança Napoléon avec l'argent de son adversaire le Prince William. Quelques années plus tard, c'est avec l'argent de Napoléon qu'il financera Wellington.

• IG Farben fournissant aux armées allemandes l'essence synthétique inventée par sa filiale états-unienne
• Averell Harriman employant le manganèse russe pour fondre l'acier de l'armée nazie
• Les Panzers allemands remplissant leurs moteurs GM de pétrole Standard (Exxon-Esso) pour foncer sur des soldats, ouvriers de Détroit dans le civil

2- Une Mayerade
Mayer Rothschild est encore à l'honneur pour ce filoutage monstre. Le petit Mayer laisse savoir à tous les spéculateurs de la bourse de Londres qu'il observe de près les batailles napoléoniennes. Lorsque la nouvelle du résultat de Waterloo lui parvient, il prend un air désespéré et fait mine de vendre tous ses bons du trésor britannique. Les spéculateurs en déduisent que Napoléon a remporté la bataille et que l'Angleterre vit ses dernières heures.
Une panique s'en suit, au cours de laquelle les titres chutent jusqu'à des valeurs avoisinant zéro. Des agents de Rothschild rachètent discrètement tout ce qu'ils peuvent en fin de journée. Voilà une conquête propre et joyeuse, l'État de l'Angleterre appartient désormais aux Rothschild.
• Le crash de 1929, grâce auquel la Federal Reserve s'empare des deux tiers des fermes du mid-west

3- Une Rockefellade

Consiste à détruire la concurrence en avalant son ennemi. Qui est placé devant deux possibilités, être détruit par la force, ou se joindre au trust… par la force. L'intégration est tenue secrète et la nouvelle molécule de l'organisme infiltre pernicieusement son réseau avant la prochaine attaque. À la fin, la pomme appartient au Trust dès l'apparition du bourgeon et ne change pas de mains entre la branche et la compote dans l'assiette du client.
• Les exemples sont innombrables, c'est devenu le tissu même de la haute finance

4- Une Stalinade
Ça commence par l'assassinat, idéalement sordide, d'un adversaire, ou même d'un ami. Dans un deuxième temps, on pleure la disparition de l'héroïque et courageux trucidé. Troisième étape, on procède à l'arrestation spectaculaire des alliés, amis et proches de la victime, qu'on parvient à faire avouer publiquement (sous la menace ou la torture) leur participation dans le meurtre original.
• Edwin Rommel
• John Fitzgerald Kennedy
• Saddam Hussein

5- Un Reichstag
Le parlement Allemand est incendié par les nazis, qui accusent leurs ennemis du méfait. Cet événement justifie la disparition de l'État de droit.
Le Lusithania
• Pearl Harbor
• Les bébés koweitiens
• Le 11 septembre 2001

6- Une Gamelinade
Il s'agit toujours d'un subtil coup d'état. L'état major français, mené par le général Maurice Gamelin (47 ans d'expérience de commandement), commet en 1940 une erreur défensive équivalente à oublier de baisser son pantalon avant d'aller à la selle. Il dispose ses troupes selon une formation qu'il convient d'appeler « canards à la fête foraine », en une longue ligne bien mince et étendue, sans réserves à l'arrière. Les blindés allemands foncent sur Albertville au Sud et sur la Manche au Nord avant prendre tout le front à contre-pied. La France est livrée pieds et poings liés à Hitler. Un million de soldats sont pris en souricière dans la plus invraisemblable, la plus fantastique, la plus stupéfiante gaffe militaire de toute l'histoire de l'humanité. Voyons le manuel Principes Fondamentaux de Stratégie Militaire de Carl Von Clausewitz. Dans la section Principes Généraux, en tout début d'ouvrage, le second point se lit comme suit : Ne pas engager toutes ses troupes dans le combat à la fois. Ce serait la fin de toute sagesse dans la conduite du combat ; car seules les troupes que l'on a en réserve sont encore à même de changer la tournure du combat. Ce principe défensif date de l'époque d'Alexandre Le Grand et quiconque voudrait prétendre que l'état-major français n'en avait jamais entendu parler nécessite une longue cure à l'ombre sans mojito. Une Gamelinade indique qu'une forte proportion de la direction militaire d'un front travaille pour l'adversaire.
• La défense farouche de Baghdad par les féroces et aguerris membres de la Garde Républicaine de Saddam Hussein en 200
7- Une Bernaysade
Consiste simplement à inventer un groupe d'« experts » dont le rôle sera de berner le public en lui disant exactement le contraire des faits ou en détournant ceux-ci de manière subtile, de façon à vendre un produit ou une idée. Edward Bernays avait compris que si un type en blouse blanche nous conseillait de mettre feu à notre chevelure, ça nous paraîtrait intelligent. Ce sont donc ses associations de médecins et de dentistes qui ont juré que telles ou telles cigarettes étaient encore meilleures pour la santé que les autres marques. Ce sont les mêmes groupes qui ont reçu ensuite la tâche de vendre le fluorure, il ne faut donc pas s'étonner de retrouver celui-ci dans nos dentifrices.

8- Une Double-bernaysade
Ce phénomène de plus en plus répandu survient quand, faute d'opposition, un panel d'« experts » payés par un groupe se retrouve opposé à un autre panel d'« experts » payés par le même groupe. Ça devient compliqué, mais voici un exemple : La compagnie Croque-Mitaine-Corp. kidnappe les petits enfants et les donne à manger à ses grosses machines assoiffées de sang. Un panel d'experts est chargé de prétendre que c'est sans danger, tandis qu'un autre panel d'« experts » est chargé de lutter contre cette pratique en prônant de jeter plutôt les personnes âgées devant le métro. Lorsqu'ils se retrouvent à la télé, les deux groupes font semblant de se détester copieusement et le « groupe protestataire » tâche d'avoir l'air d'une bande de dingues extrémistes et mal renseignés. Une double-bernaysade très réussie peut fonctionner à plein lorsque certains membres du groupe protestataire sont si stupides qu'ils ignorent pour qui ils bossent et sont tout bonnement convaincus des arguments invraisemblables qu'on leur a fait apprendre par cœur.

9. Une Zaharoviade
Le rôle historique de Zaharov a été grandement exagéré par certains. Il n'était en somme qu'un simple filou spécialisé dans la vente de machines meurtrières. Mais il faut bien lui donner le nom d'une manœuvre spectaculaire accomplie pour la première fois au début du siècle, mais reprise depuis à des centaines d'occasions avec un franc succès. C'est donc en 1880 que Zaharov débute vraiment sa carrière de marchand d'armes. Il représente alors le fabricant d'armes Thorsten Nordenfelt, pour le compte duquel il vend un des tous premiers sous-marins de l'histoire. Il convainc le gouvernement grec d'en acheter un. Il court ensuite voir les voisins les Turcs, qu'il prévient du danger que représente cette menace pour leur flotte. Ils en achètent deux. Il repart aussitôt voir les Russes, à qui il brandit le spectre d'une armée invisible prête à pulvériser leur flotte dans la Mer Noire. Le Tsar en achète deux pour ne pas être en reste. En fin de compte, ces sous-marins ne fonctionnaient pas et le seul test de tir effectué par les Turcs a fait instantanément couler le vaisseau. Victor Ostrovski raconte une manœuvre israélienne absolument identique impliquant le Sri-Lanka, l'Indonésie et l'Inde, dans son livre Mossad.
• La crise des missiles Scud et des Patriots
• La Ligne Maginot et la Siegfried
• La guerre froide

mardi 17 février 2009

Conspiration

Je n'en reviens pas encore. Je suis abasourdi, cogné, carrément pris de court. On dirait qu'une cour états-unienne vient d'admettre carrément que des complots puissent se produire. Encore plus fou, les médias officiels reprennent cette subversive idée, jetant soudain le doute et l'émoi dans mon cœur. Moi qui croyais que toute chose avait une explication bénigne et bonasse ! Je vais recommencer à m'en faire la nuit.

En tout cas, le privé, la libre entreprise, tout ça… Ça fait rêver ! Si seulement je pouvais fermer l'œil…

jeudi 5 février 2009

Barrick Gold - Liste noire

Voir l'article original

LE DEVOIR,
Édition du jeudi 05 février 2009

Guy Taillefer

Mots clés : MiningWatch Canada, Barrick Gold, Entreprise, Éthique, Norvège (pays), Canada (Pays)

La Norvège vient de donner au monde une belle leçon de responsabilité éthique en plaçant sur liste noire la minière canadienne Barrick Gold, basée à Toronto. Après enquête à la mine de Porgera, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, le gouvernement norvégien a décidé d'exclure Barrick, première compagnie aurifère à l'échelle mondiale, de son fonds d'investissement d'État, reprochant en termes on ne peut plus clairs à la minière d'y mener des activités «qui comportent un risque inacceptable de dommages majeurs et irréversibles à l'environnement».

Ce fonds souverain -- d'une valeur d'environ 300 milliards $US, ce qui en fait l'un des plus importants investisseurs internationaux -- constitue le bas de laine des cinq millions de citoyens norvégiens. Y sont investis, à l'intention des génération futures, les surplus de l'exploitation en mer du Nord du pétrole et du gaz naturel dont le pays est grand exportateur. Il est doté d'un conseil d'éthique dont les enquêtes ont, à ce jour, conduit le gouvernement à vendre les actions qu'il possédait dans 27 entreprises étrangères, dont neuf fabricants de bombes à sous-munitions (l'américaine Textron est la dernière à avoir écopé). Les liens ont également été rompus avec des compagnies trouvées coupables d'atteintes aux droits humains et aux droits des travailleurs.

La valeur des actions de Barrick que possédait l'État norvégien était d'environ 200 millions $US. Les motifs présentés par le conseil d'éthique pour s'en défaire sont cinglants: il se dit particulièrement préoccupé par «l'accumulation de métal lourd, surtout le mercure, dans l'environnement». La pollution émise à Porgera «aura potentiellement des conséquences négatives graves sur la vie humaine et la santé». Le conseil critique «le manque d'ouverture et de transparence de l'entreprise en matière d'évaluation environnementale» et dit avoir «toutes les raisons de croire» que Barrick ne changera rien à ses pratiques. Il indique avoir dû, faute de moyens, limiter son enquête à Porgera, mais souligne que Barrick, qui a 27 mines en opération dans le monde, a fait l'objet de critiques dans plusieurs pays pour son peu de souci pour le développement durable.

En effet. L'ONG MiningWatch Canada a beaucoup à dire à ce sujet. Barrick, c'est aussi l'entreprise qui poursuit pour six millions les auteurs de l'essai québécois intitulé Noir Canada, un ouvrage qui dénonce vertement le comportement des minières canadiennes en Afrique. Aux reproches bien documentés que vient de lui faire le gouvernement norvégien, Barrick a réagi avec son impénitence habituelle.

Le problème, c'est que la politique d'Oslo fait figure de cas d'espèce en matière éthique. Partout ailleurs, y compris au Canada où siègent un grand nombre de directions de compagnies minières, la tendance lourde chez nos gouvernements n'est ni à la coercition ni à la punition, elle est à l'adoption de timides principes non contraignants. Et donc inefficaces. Le monde se porterait mieux s'il se donnait la peine d'être un peu plus norvégien.

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gtaillefer@ledevoir.com

mercredi 4 février 2009

La Dernière de Bord en Bord, version non-censurée

Je réponds à l'appel de Christian Mistral et je publie ici la dernière chronique de Michel Vézina, slacké du Ici-Montréal comme un malpropre, après avoir tenu la moitié de ce journal à bout de bras pendant une petite éternité. Une belle saloperie, oui, encore une autre.




………………………………………

Communiqué: Michel Vézina n’a pas démissionné.

Thu 2:06pm

Comme vous avez pu le constater dans l’édition du ICI du 29 janvier 2009, j'y signe ma dernière chronique. Le paragraphe suivant l’intertitre This is the end (air connu), se lit comme suit : ''C’est fini. Nous n’aurons plus le plaisir de nous croiser, du moins ICI, chers lecteurs.
Pour des raisons hors de mon contrôle et de ma volonté, je ne tiendrai malheureusement plus cette chronique.''
Veuillez noter que la version envoyée au journal a été modifiée, et qu’elle aurait du se lire comme suit : ''C’est fini. Nous n’aurons plus le plaisir de nous croiser, du moins ICI, chers lecteurs. Vous avez été nombreux à avoir remarqué que mon nom n’apparaissait pas sur la liste des chroniqueurs, en une du dernier numéro du ICI. J’ai cru bon poser la question à mon patron, lundi dernier. Pour toute réponse, il m’a signifié que le temps était venu que nous nous séparions.
J’aurais «fait le tour».''
Cette coupure intempestive relève de la censure pure et simple.
Selon la version publiée par l’hebdomadaire ICI, propriété de Québécor, on a l’impression que je rends les armes, que je baisse les bras, bref, que je démissionne. Or la vérité est toute autre. Sylvain Prévate, éditeur adjoint de l’hebdo, m'a signifié que mes services n’étaient plus requis, en me donnant pour toute raison que j'avais « fait le tour », et ce, à peine six semaines après m'avoir assuré être très satisfait de mon travail de chroniqueur littéraire.
À noter, Je n’avais pas encore signé le contrat de cession de droit, non-négociable, qu’impose depuis peu Québécor à tous ses pigistes.

Dernier Bord en bord, intégral!

Thu 10:25am

Le tour

Ma chronique de la semaine dernière vous a apparemment interpellé. Vous avez été nombreux à me signifier qu’elle vous avait fait réfléchir, qu’elle vous avait obligé à vous questionner sur la liberté d’expression, sur le courage, sur le droit à la parole, sur la place des médias, sur leur responsabilité, sur la critique, le second degré, l’ironie.
Dans toute cette saga du Byebye, tout le monde s’est accordé, dans une belle unanimité – médias, public, ligue des noirs, celle-là même qui avait demandé le retrait de l’affiche du film Le Neg’ il y a quelques années – pour vilipender les auteurs de la revue de l’année. Mais personne ne s’est levé pour dire que ces attaques passaient carrément à côté du sens du monde.
Libre? Qui peut encore se dit libre, aujourd’hui?
Accuser quelqu’un de racisme quand celui-ci s’attaque justement à cette tare qui gruge profondément notre monde, ici et ailleurs, est un geste grave. Ces accusations ont généralement des répercussions très importantes dans les vies personnelles des auteurs. Et malgré tout le non-sens de cette surenchère médiatique, aucun «bien-pensant», aucun «intellectuel libre», aucun artiste «anti-langue de bois» n'est sorti publiquement contre cette grossièreté digne des pires travers journalistique et sociétal.
Les Québécois sont-ils plus cave qu'en 1969, quand Yvon Deschamps faisait son monologue Nigger Black, ou qu’en 1975, Plume chantait Vieux neg’? Bonne question. Même si je pense que la sensibilité au second degré n’est pas donnée à tous le monde, j’ai du mal à croire que quatre millions de téléspectateurs ne soient pas à même d’en saisir un aussi peu subtil que celui du Bye bye.
En se faisant l'amplificateur des névrosés, des imbéciles et des exaltés, et ce à des fins purement commerciales, les médias ont été très peu édifiants, pour ne pas dire scandaleux. Au contraire du silence, les intellos de service se sont joints au carnage en crachant sur le travail de caricature et en parlant de «nivellement par le bas».
De mauvais goût? Peut-être. Mais aux yeux d’un de mes lecteur assidu, il est de plus mauvais goût encore d'obtenir une entrevue avec Ingrid Bétancourt pour lui montrer une infopub de Jean Charest. D’ailleurs, saviez-vous que Jean Charest était sur le point d’être décoré de la Légion d'honneur par le chum de Desmarais, Sarkozy, celui-là même à qui Bétancourt prétend en devoir beaucoup. Et saviez-vous qu’une des grosses têtes du think-tank de Charest était un des patrons de Zone 3, le producteur d’Infoman? Grossier?
Enfin, pour l’anecdote: quinze jours après le Bye Bye, Denis Lévesque recevait un transexuel. Il lui a demandé, texto, s'il avait profité de l'opération pour en demander une plus grande…
De mauvais goût?

This is the end… (Air connu)

C’est fini. Nous n’aurons plus le plaisir de nous croiser, du moins ICI, chers lecteurs. Vous avez été nombreux à avoir remarqué que mon nom n’apparaissait pas sur la liste des chroniqueurs, en une du dernier numéro du ICI. J’ai cru bon poser la question à mon patron, lundi dernier. Pour réponse, il m’a signifié qu’il le temps était venu que nous nous séparions.
J’aurais «fait le tour».
Merci pour l’intérêt que vous avez porté à cette chronique au fil des six dernières années et quelques mois. Merci à ceux qui ont commenté mes textes. D’ailleurs, un de mes lecteurs assidus m’a écrit il y a quelques jours pour me dire qu’il n’était pas souvent d’accord avec moi, mais que mes textes le forçaient toujours à réfléchir. Ça m’a touché.
Merci aussi à ceux avec qui j’ai eu le plaisir et le bonheur de travailler, au pupitre de votre section préférée pendant quatre ans (2002 – 2006): tous les pigistes, mes collègues des autres pupitres, les correctrices, réviseures, les gens des ventes, ceux de la production, les réceptionnistes et personnel d’entretien! Ce sont eux et eux seuls qui rendent vivable le quotidien d’un hebdo…
Merci aussi à Maxime Catellier, qui a su prendre le relais avec panache et grandeur depuis deux ans et demi. Merci à la plupart des chroniqueurs avec qui j’ai partagé ces pages. Certains n’ont fait que passer, d’autres ont été et sont encore des complices.
Et surtout, surtout, merci à Robert Lévesque, qui a été, reste, et sera toujours mon maître es chronica.
Allez, je pars faire un tour(1)

(1) Vous pouvez continuer de me lire dans Le Libraire et dans le Mouton Noir, et aussi de m’entendre à Vous êtes ici, sur les ondes de la Première chaîne de Radio-Canada.

mardi 3 février 2009

lundi 2 février 2009

Un Gros merci à Richard Martineau

Il y avait très longtemps que je n'avais pas eu un vrai de vrai fou rire, tout seul dans ma chambre. C'est au beau Dick M que je le dois. Il poursuit sa chronique malgré le conflit de travail touchant son journal, mais tout en restant neutre, sans prendre parti pour ses patrons. Un jour, quelqu'un plantera sa tête au bout d'une pique, mais juste comme ça, pas méchamment, sans animosité. En attendant, je lui envoie toute ma gratitude. J'en ai mal aux mâchoires.